Sources des risques naturels

Il faut connaître le passé pour mieux savoir ce que peut être le futur. C’est particulièrement vrai dans le domaine des risques naturels, car là où s’est produit un évènement naturel, là il peut se reproduire un jour. Il est donc important d’aller chercher le plus loin possible dans les archives les mentions de catastrophes.

Certains ensembles de dossiers sont faciles à identifier car ils sont regroupés sous une rubrique « catastrophes naturelles », « inondations », « avalanches »...
Mais beaucoup d’autres documents d’archives, non identifiés comme en rapport avec ce sujet (documents fiscaux, correspondance privée, dossiers de travaux routiers, etc...), peuvent contenir des mentions de catastrophes auxquelles on ne peut avoir accès qu’au prix d’un dépouillement pièce à pièce, ce qui représente un très long travail.

Il n’y a que peu de sources concernant la période médiévale, il n’y a notamment aucun document sériel.
On peut trouver des mentions dans les actes de gestion domaniale (surtout ceux des abbayes, les plus anciens et les plus nombreux) : inondations (les mentions les plus nombreuses), mais aussi sécheresse, trop de pluie, gel... Certains baux évoquent le risque d’inondations, ce qui témoigne de la fréquence de ces accidents.
Des évènements d’une importance particulière ont laissé des traces dans les archives des communes et dans celles des seigneurs. Par exemple, la destruction totale de la ville de Mirepoix en 1287 par une crue de l’Hers est connue par un document du cartulaire de Mirepoix , acte seigneurial décidant de la reconstruction de la ville quelques mois plus tard ; on y dit que la majeure partie de la population a péri, ce qui, au vu du nombre des rescapés cités dans l’acte, représente au moins un millier de personnes.
Les chroniques viennent parfois confirmer ces faits. Ainsi, pour Mirepoix, une chronique anonyme, reprise par Guillaume Catel, historien de Toulouse, en 1623 : « en 1289, le samedi 16 juin, le jour des saints martyrs Maur et Marcellin, il y eut une inondation terrible, jamais vue ; plusieurs villages et hameaux furent enlevés, les moulins emportés, les ponts détruits ; beaucoup de corps tant d’hommes que de femmes, ce qui est grande affliction, périrent et on n’en connaît pas le nombre... »
Elles apportent aussi à l’occasion des précisions intéressantes: par exemple, Michel du Bernis, au milieu du XV° siècle , relate  dans ses Chroniques des comtes de Foix  le passage du comte Gaston IV, en pèlerinage vers Montserrat, par le col de Puymorens, « où il y avait beaucoup de neige ».

On commence à trouver des documents sériels au XVII° et surtout au XVIII° siècle.

  • Archives des intendances et des Etats
    • Demandes de « secours » et surtout demandes de dégrèvements fiscaux , avec parfois procès-verbaux de reconnaissance des dégâts. Elles concernent certainement plus les aléas météorologiques que les véritables « catastrophes », mais on peut tout de même trouver mention d’évènements exceptionnels. Les dossiers sont nombreux, ils peuvent donc permettre d’avoir une idée quelque peu statistique, même si le mot est certainement trop fort pour l’époque ; ils se composent de demandes de secours, d’enquêtes, d’états des dommages, d’estimations des experts, de devis de réparations et d’avis d’indemnités. Les états de répartition des indemnités permettent de juger de l’importance de la catastrophe selon les communautés concernées. Ces documents posent bien sûr des problèmes de crédibilité : les descriptions sont certainement très souvent exagérées puisque rédigées en vue d’une compensation financière. On constate un grand écart entre les descriptions et les indemnisations accordées :  ou le dommage a été très exagéré ou l’indemnisation est très faible, la réalité se situant certainement entre les deux. Quelques exemples :
      • Baronnie de Château-Verdun, 1671, supplique des habitants pour une réduction d’impôts (fonds des Etats de Foix) : le lieu « est exposé aux torrents et ravines qui lui causent un notable préjudice... particulièrement Verdun où 25 maisons furent emportées l’an 1613 ; même l’église courut le risque d’être renversée et les morts furent désensevelis et beaucoup de pièces de terre furent entièrement ruinées, sans avoir pu être remises, comme il paraît encore par la grande quantité de rochers que le torrent y conduisit (...)  A Bouan, le meilleur fonds dudit lieu a été emporté, même plusieurs bêtes à laine et le pasteur qui les gardait ».
      • Un siècle plus tard, au même endroit, 1770 : «  la fonte des neiges et des pluies extraordinaires ont occasionné dans différents lieux de la présente communauté un dommage très considérable sur toutes espèces de récoltes, qu’en outre les ravines qui descendaient de la crête des montagnes et qui formaient des torrents impétueux ont totalement dégradé et emporté plusieurs pièces de terre, champs, prés et vignes, que même les débordements des rivières qui ont prodigieusement grossi ont détruit plusieurs ponts et emporté un terrain considérable le long de leur cours »
      • Suc, 1774 « les suppliants méditaient avec joie des moyens pour moissonner le lendemain les champs et les prairies... chaque citoyen se félicitait du temps qui semblait terminer la disette et la faim, mais, Monseigneur,  quel désastre frappant se présente à vos attentions. Un orage soudain, fondant avec rapidité sur nos récoltes, enleva dans l’instant le modique fruit de nos récoltes et ne laisse entrevoir qu’une paille macérée et enfoncée dans un limon indissoluble. La fureur des eaux descendant avec violence du haut des montagnes entraîna avec elle de grands monceaux de pierres. La terre de nos possessions, nos gerbières et nos tristes métairies devinrent le jouet des ravines, des ruisseaux et des rivières. Vous auriez vu, Monseigneur, un nombreux et timide bétail exercer les derniers efforts d’une vie mourante pour se dégager des ruines qui fondaient de toutes parts dans nos cabanes isolées. Vous auriez aperçu les habitations du village touchées au moment de leur ruine et devenir presque la proie des eaux. Ce n’est pas tout. Les habitants eux-mêmes embarrassés pour conserver leurs jours, se réfugiaient sur les toits des maisons et élevaient leurs mains et leurs cris affligeants vers le ciel, sollicitaient par leurs larmes la clémence suprême ».
    • Dossiers sur l’aménagement des cours d’eau et les défenses contre les inondations
  • Archives des Eaux et forêts : autorisations de coupes exceptionnelles en cas de difficulté climatique ; autorisation exceptionnelle d’élevage des chèvres en cas de disette.
  • Archives de justice : contentieux à propos de dommages causés par les intempéries
  • Archives communales : dans les registres de délibérations, dans les pièces comptables, dans les dossiers d’entretien de la voirie, on peut trouver mention de ponts emportés, de récoltes perdues, de secours aux habitants sans ressources après une calamité...Des exemples :
    • Miglos, 1750 (délibérations municipales) :  le 3 juillet 1750, une avalanche emporta à Miglos 11 maisons ou granges, 80 séterées de terre labourable et 14 personnes. « De nos jours encore, le curé de la paroisse célèbre annuellement le 3 juillet une messe commémorative de cette catastrophe  ». A Miglos toujours, le 30 août 1762 ;  8 maisons furent détruites ainsi qu’une partie de l’église et il y eut 10 morts .
    • A Seix en 1750 : il faut « rétablir incessamment, non seulement les chemins publics gâtés, devenus impraticables, la plupart détruits et ensevelis dans le lit de la rivière du Salat, mais encore plus particulièrement le pont de pierre du présent lieu que la force des eaux, les arbres et autres pièces de bois que la rivière a entraînés ont fort ébranlé et creusé en avant des piliers en emportant toutes les pierres et maçonneries, que ce pont risque d’être entièrement emporté au premier gonflement de la dite rivière, qui arrive chaque année par la fonte des neiges »
  • Les registres paroissiaux constituent une source ponctuelle mais très fiable. Fiable parce que le curé n’a aucun intérêt en la matière, il note ce qui lui paraît digne d’être noté. Des exemples :
    • Avalanches. Goulier, 1778, acte collectif de décès de 4 hommes âgés de 20, 25, 55 et 35 ans « tous les quatre morts au port de Bouet, ensevelis dans la neige » , 5 autres habitants de la vallée de Vicdessos périrent avec eux, c’étaient des mineurs revenant des mines d’Alins.
    • Neige . Ax, 1623 : « il est mort l’an de la neige ; cette année, a commencé à neiger à la Toussaint et a duré toujours sur la terre jusqu’à la fin du Carême, qui était le 15 avril » .
    • Sécheresse . Lavelanet, 1612 : « l’an mil six cent douze, il y eut une grande sécheresse sur la terre et demeura sans pluie l’espace de quatre ou cinq mois que peu ne fut, tellement que pour apaiser l’ire de Dieu, l’on fit de grandes processions  » .
    • Inondations .
      • Bélesta, 1613. « L’an 1613, le premier jour des litanies qu’estoit le 13 de may, la rivière vint si grosse qu’elle emporta tous les ponts et les paissières, mais grosse de telle sorte que les plus vieux habitants ne l’avoient vue si grosse ni ne l’avoient ouy dire à leurs pères, de sorte que les paroissiens estoient estonnés » .
      • Bélesta, 1620 « le onziesme jour d’aoust, entre les 5 et 6 heures du soir, tomba sy grande quantité de pluie qui dura environ deux heures, que la rivière en devint si grosse qu’elle en emporta le pont grand. L’on prit une truite qui pesait environ 3 livres sous l’orme qui est au bout du pont de l’église et l’eau emmena quelques vingt moutons... »
      • Foix, 1632 « le 18° de juin 1832, Jean Carol fut enseveli dans le cimetière de Saint-Vincent, ayant été surpris par une grande inondation d’eau  (à Flassa) laquelle inondation causée par un grand tonnerre accompagné de beaucoup de grêle, à raison de quoy l’eau l’avait porté mort et nu... » jusque dans une vigne.
    • Tempête . Le Vernet, 1670 « le 25 juin 1670, un ouragan furieux, qui déracina un grand nombre d’arbres, s’abattit sur le taillable de ce présent lieu du Vernet de Canteraine. Il fut suivi d’une grande pluie, mêlée de grêle, qui endommagea fortement les récoltes et fit déborder les cours d’eau à travers les prairies qui demeurèrent ensablées... On pria les saints et les saintes du paradis d’épargner des malheurs pareils que de longtemps on n’avait vus  ».
  • Archives religieuses
    • On faisait des prières publiques contre la pluie, la sécheresse, les orages, la grêle... Par exemple à Massat en 1781 : « En l’année 1781, le 21 juin, une pluie extraordinaire semblait depuis plusieurs jours menacer le pays d’un nouveau déluge. Entre autres effets tragiques, l’inondation qu’elle avait produite était sur le point d’opérer la destruction totale d’un gros village ( Biert) à demi submergé. La paroisse fit chanter une messe solennelle à l’honneur de saint Pierre et la pluie, qui, au commencement de cette messe était dans sa plus grande force, cessa pendant le sacrifice et avec elles les ravages de l’inondation prirent fin » .
    • L’Église pouvait offrir des secours en cas de calamités. On peut trouver dans les dossiers de gestion des domaines des estimations de dégâts, des états de réparations. Les états de revenus des paroisses sont souvent bien révélateurs des phénomènes météorologiques. Par exemple, dans le pouillé du diocèse de Rieux-Volvestre en 1730 : « ce diocèse est affligé depuis plus de trente années par des grêles continuelles ; ces grêles jettent la désolation dans les paroisses à la veille des récoltes... les curés se trouvent accablés par les misérables à qui il faut qu’ils fournissent les semences... »
  •   Archives privées
    • Livres de raison. « Le 21 juin 1660, entre 4 et 5 heures de matin, survint un grand tremblement de terre par toutes les villes et villages de ce pays, qu’il sembloit que toutes les maisons s’en allassent en ruine, ce qui causa une grande frayeur à toutes sortes de gens qui en ouyrent le bruit ; il ne dura pas plus de demy quart d’heure »  (région de Varilhes).
    • correspondance privée : considérations sur le temps, récits d’évènements exceptionnels...
    • comptabilité privée : états de dommages...

Archives de l’administration préfectorale puis des services déconcentrés de l’Etat

  • Police administrative et sécurité publique
    • Dossiers de calamités agricoles, en continu depuis 1853. Enquêtes sur les conséquences sur l’agriculture, sur la fréquence des chutes de grêle, sur les sécheresses. États de sinistrés, répartition des secours.
    • Dossiers particuliers sur les inondations, dont celles de 1875 (quatre liasses) ou celles de Salau en 1937 : évaluations des dégâts, mesures de police, comités de secours...
    • Dossiers sur des avalanches meurtrières.
    • Enquête dans les communes sur le tremblement de terre de 1923.
  • Services agricoles  : dossiers sur les calamités agricoles.
  • Travaux publics  : entretien de la voirie, atteintes aux routes, ponts, infrastructures hydrauliques, chemins de fer, etc. L’étude des dossiers d’entretien des routes permet de détecter des mouvements de terrain, non perçus par ailleurs (le BRGM s’en est servi pour établir une carte sismique). Aménagement des cours d’eau, travaux contre les inondations.
  • Forêts  : impact des catastrophes naturelles sur le domaine des Eaux et forêts : forêts, eaux mais aussi montagnes, vacants.
    • Service de Restauration des Terrains en Montagne : archives essentielles pour l’étude du ravinement, de l’impact des torrents... , accompagnées d’un remarquable fonds photographique

Archives des communes

Indemnisation des calamités agricoles, secours aux sinistrés, protection des personnes, entretien de la voirie, de la forêt...

 Archives privées

  • Comme pour les périodes précédentes : correspondance et comptabilité privées.
  • Notes d’érudits ou de scientifiques.
    • un exemple dans les notes recueillies par Rambaud, début XIX°siècle :
      • «On m’a parlé d’un globe de feu qui fut remarqué au nord de Foix en 1816. Sa grandeur apparente était d’environ un demi mètre, ses rayons éclairaient comme feraient ceux d’un soleil qui s’éteindrait ; après avoir oscillé quelques instants, il disparut sans détonation ».
      • « Le 9 mai courant, vers les trois heures de l’après midi, une trombe parut auprès de Foix, dans la direction du nord-ouest au sud-ouest ; c’était une colonne très noire, sortant d’un nuage gris cendré. Sa force de progression était étonnante ; elle était accompagnée d’un bruit semblable à une mer courroucée ; elle est descendue le long de la montagne du Saint-Sauveur et dans l’instant il est tombé une grande quantité de grêle qui a ravagé le environs de la ville. Le lendemain, le ciel était serein et le soleil très ardent. A la même heure que la veille, il a éclaté un orage qui, sur plusieurs points du département, a détruit les seigles, dépouillé les vignes et les arbres fruitiers et abîmé plusieurs taillis . Depuis ce moment, le temps est à la pluie et très froid. Il est tombé beaucoup de neige sur les montagnes, il en est descendu même à un quart de lieue de Foix ».

 Presse

Les collections de presse locale sont présentes dans tous les services d’archives ; dans le domaine des catastrophes naturelles, elles constituent une source précieuse car c’est un sujet qui a toujours donné lieu à d’abondants développements lorsqu’un évènement survient.

  • Haut de page