Les archivistes départementaux

Le premier archiviste, gendre de Rambaud, avait été auparavant pendant 22 ans avocat et juge suppléant au tribunal de Foix. Il restera d’ailleurs toute sa vie président du bureau d’assistance judiciaire de l’arrondissement de Foix.

Il eut la lourde charge d’organiser le service dans la partie de la préfecture mise à sa disposition dans le courant de l’année 1845. Il s’attaqua d’abord à la rédaction d’un état des fonds qui nous révèle le contenu des Archives départementales en 1845. Les séries anciennes étaient embryonnaires : quelques pièces concernant le fonctionnement des cours de justice et l’administration civile, des dossiers sur des familles, des documents isolés sur des communes et des abbayes, des registres de délibérations et de reconnaissances du chapitre de Pamiers, ceux des insinuations du diocèse de Mirepoix, un grand nombre de registres paroissiaux de l’arrondissement de Foix et quelques-uns à peine des deux autres. Les archives modernes par contre semblent s’être trouvées en bon ordre, inventoriées et en séries complètes depuis l’Empire avec des analyses particulièrement développées pour les biens nationaux, les affaires militaires, la police et les finances.

A côté de la mise en ordre régulière et de la communication des archives contemporaines dans lesquelles il fut aidé à partir de 1856 par un aide-archiviste, Orliac consacra son activité à la réintégration d’archives d’Ancien Régime restées dans les administrations ou dans d’autres départements. Il reçut ainsi en 1863 une partie des registres de la sénéchaussée de Pamiers (les insinuations) et en 1866 une cinquantaine de liasses de juridictions secondaires versées par le Tribunal de Foix où elles avaient été amenées en vertu de la loi de Brumaire an V.

Le département ne put entrer en possession, comme il le demanda en 1855-1856, des archives du comté de Foix conservées aux Archives des Basses-Pyrénées qui faisaient partie intégrante des archives des rois de Navarre mais reçut par contre en 1861-1862 des Archives du Tarn-et-Garonne et de l’Hérault plusieurs dizaines de terriers et reconnaissances provenant du Bureau des Finances de Montauban et de la Chambre des Comptes de Montpellier et en 1867 des Archives de la Haute-Garonne plusieurs liasses provenant de l’abbaye du Mas-d’Azil.

Jean-Lucien Orliac entreprit l’inventaire des archives de la sénéchaussée et son impression au fur et à mesure de la rédaction et, à la demande du maire, le classement des archives communales de Foix d’où il fit retirer et verser quelques pièces concernant l’administration du comté.

Après 27 ans passés à créer et développer le service qu’on lui avait confié, ce notable local qui avait choisi d’abandonner sa profession première pour se consacrer aux archives du département prit à Foix une retraite bien méritée.

Né à Nantes en 1846, Etienne Legrand fut nommé en 1868, à sa sortie de l’Ecole des Chartes, archiviste de la Vendée. Il s’illustra par sa « belle conduite » dans la guerre de 1870 d’où il revint malheureusement avec une affection de poitrine qui devait l’enlever à 27 ans, à Foix, un an après sa nomination comme archiviste de l’Ariège. Il n’eut guère que le temps d’attacher son nom à la continuation de l’inventaire imprimé des archives de la sénéchaussée et d’envisager une réorganisation des séries.

La personnalité et l’activité débordante de Félix Pasquier marquèrent profondément les Archives départementales de l’Ariège et de la Haute-Garonne mais aussi toute la vie culturelle de ces deux départements.

Né à Paris en 1846, Félix Pasquier fit ses études secondaires à Poitiers, pays de sa mère, et supérieures à Paris où il obtint en 1873 son diplôme d’archiviste-paléographe et en 1875 celui d’avocat. Il fut nommé archiviste de l’Ariège en 1874 et ne quitta Foix qu’en 1895 pour rejoindre les Archives de la Haute-Garonne. Retraité récalcitrant à 75 ans en 1921, il ne cessa ses activités de recherche et d’animation de sociétés savantes qu’à sa mort, survenue à Toulouse en 1929.

Félix Pasquier fit aux Archives de l’Ariège une œuvre essentielle de réintégrations. Diplomate mais tenace, il obtint des versements psychologiquement «difficiles». L’opération la plus conflictuelle fut certainement la réintégration des archives de l’évêché de Couserans conservées alors à la mairie de Saint-Lizier. Le maire et son conseil municipal s’opposèrent frénétiquement au départ de ces papiers malgré des décisions ministérielles en 1874 et 1875, contestant quasiment l’existence du département et du siège à Foix des institutions départementales : «le comté de Foix est un et le Couserans dont Saint-Lizier était la capitale est un autre». En 1876 encore, le maire affirmait qu’il ne se dessaisirait de ce fonds que si la préfecture «jugeait convenable d’user de la violence». On usa en tout cas de violences verbales et épistolaires et le sous-préfet de Saint-Girons finit par obtenir la remise du fonds, incomplet tout d’abord et rétabli dans son intégralité sur une nouvelle intervention de l’archiviste. Les archives de l’évêché de Pamiers, elles, étaient conservées dans une tour de la cathédrale et c’est sans heurts cette fois que F. Pasquier obtint de l’évêque leur remise en 1886, complétée de dons d’érudits appaméens. Il eut par contre à gagner encore une dure partie face au président du Tribunal de Pamiers qui refusait le versement des minutes et dossiers de procédures de la sénéchaussée ; ce fonds, qui représentait la moitié de la totalité du dépôt historique de la préfecture !, n’entra aux Archives qu’en 1877 après plusieurs interventions du préfet et du Conseil général auprès du Garde des Sceaux. En 1876 par ailleurs, le greffe de Foix avait versé de nombreuses liasses de justices secondaires «oubliées» en 1866.

Félix Pasquier traita en 1877-1878 avec son collègue des Pyrénées-Orientales le transfert de 120 liasses environ de l’intendance de Roussillon concernant le pays de Foix, ce qui constitue le plus gros de l’actuelle série C. Il reçut des archives de la Haute-Garonne en 1878 des documents provenant de l’évêché de Rieux et concernant les abbayes et couvents de Combelongue, Lézat, le Mas-d’Azil, le Fossat, Pamiers et Mirepoix, en 1883-1886 de nombreux registres paroissiaux du greffe du tribunal de Toulouse dont le registre protestant de 1788 et des Archives du Tarn-et-Garonne en 1881 un fonds important de minutes notariales et reconnaissances du Séronais ainsi que des procès verbaux d’assiette des diocèses de Mirepoix, Comninges et Rieux.

Ses tournées nombreuses dans les communes lui permirent non seulement de faire prendre conscience du soin à apporter aux archives mais encore de faire réintégrer aux Archives départementales des documents intéressant le département et tout particulièrement des documents d’époque révolutionnaire. Ce fut en effet un autre grand mérite de F. Pasquier que de reconstituer une série révolutionnaire susceptible de répondre aux demandes des chercheurs. Les archives des institutions départementales et apparemment, de district, avaient disparu dans l’incendie de 1803. Celles des municipalités de canton restaient pour la plupart dans les mairies de chef-lieu. Pasquier visita ces mairies et fit verser les papiers cantonaux qu’il y trouva (particulièrement complets à Saint-Ybars et Daumazan et très lacunaires en Couserans) et récupéra par la même occasion des actes des administrations centrales et de district qu’il compléta par quelques pièces récupérées dans les locaux du présidial de Pamiers, composant ainsi une série L fort honorable.

Ce sont probablement son dynamisme, son intégration à la société locale et l’intérêt évident qu’il portait au patrimoine ariégeois qui suscitèrent un grand nombre de dons privés aux Archives : bien des pièces isolées, parfois de très grand intérêt telles les coutumes de Fossat données par M. de Serres en 1879, le cartulaire de Miglos par A. Garrigou en 1876 et tant d’autres, mais aussi des fonds importants tels les deux coffres du chartrier de Tersac-Montberaud et les quarante liasses de comptabilité du diocèse de Couserans, don de M. de Tersac en 1875 venant compléter le fonds réintégré de Saint-Lizier, des livres de raison et autres documents de famille des Fournier d’Ax (1882) ou 60 chartes données par l’ancien archiviste Orliac en 1877. Il pratiqua également, lorsque l’occasion s’en présentait, une politique d’acquisition qui amena entre autres en 1895 le cartulaire de Vicdessos.

Soucieux de rassembler le plus de matériaux possible aux Archives de l’Ariège, F. Pasquier fit relever par des étudiants les analyses de tous les documents intéressant le département dans la collection Doat de la Bibliothèque nationale et ceux des fonds de la Réformation des Eaux et Forêts des Archives de la Haute-Garonne et entreprit la constitution d’une collection de brochures historiques.

F. Pasquier continua le classement des séries anciennes et fit publier le premier des inventaires du service, celui de la série B, en 1894. Il organisa parallèlement les archives contemporaines en les faisant classer dès leur entrée, secondé en cela par un aide-archiviste, Jean-Paul Boy de 1876 à 1886 puis Léon Denjean dont il loua toujours les services. Il collabora enfin de très près à l’inventaire des archives du château de Léran entrepris par Siméon Olive.

Parallèlement à cette œuvre archivistique considérable, Félix Pasquier anima toute sa vie, même après son départ pour Toulouse, la recherche historique et la conservation du patrimoine en Ariège. Il présida à la fondation en 1882 de la Société ariégeoise des Sciences, lettres et arts dont il fut le secrétaire général de 1882 à 1922 puis président de 1922 à sa mort et fit partie du comité d’initiative pour la création d’un musée de l’Ariège dès 1881. Il mena de nombreuses campagnes pour la conservation des monuments dont huit pour le seul classement de remparts gallo-romains de Saint-Lizier. Vivement intéressé par la langue occitane, il encouragea le lancement en 1891 de l’Almanac patoues de l’Ariejo , attira les Félibres d’Aquitaine qui organisèrent des concours à Foix en 1886 et 1892 et, ami de Mistral, prononça en 1909 le discours d’inauguration de la statue du plus célèbre des félibres.

Il écrivit inlassablement. Les 270 titres que comporte sa bibliographie témoignent de sa fécondité et de l'étendue de son champ d’intérêt : multiples éditions de textes d’archives avec introductions historiques (dont les chroniques romanes des comtes de Foix de Miegeville et Esquerrier, le Mémorial historique de Delescazes, récit des guerres de religion, et le cartulaire de Mirepoix), états de sources archivistiques, inventaires de richesses d’art, études d’archéologie et d’histoire de l’art, d’histoire du droit médiéval (notamment statut de l’Andorre et chartes de coutumes), de folklore… Editeur de textes languedociens, d’Amilia, chanoine du XVIIe siècle, à Tribolet, poète du XIXe s., en passant par des curés de campagne, il rédigea lui-même des contes «patois» sous les pseudonymes de Priscus et de Viator.

Son intérêt pour tout ce qui était ariégeois le fit s’enthousiasmer, hors des sentiers de l’érudition, pour la traditionnelle fête de Foix du 8 septembre : il se montra assidu aux séances de la commission d’organisation dont il fut le vice président permanent, même de Toulouse, et jusqu’à l’année qui précéda sa mort, il ne manqua pas un quadrille d’honneur. Lorsqu’il quitta Foix, la ville offrit un bal sur les allées de Villote qui ne se termina qu’au matin par la farandole que F. Pasquier s’enorgueillissait d’avoir donné à ses concitoyens. Lui même jugea avec humour son œuvre dans le département : «Les Fuxéens oublieront mes travaux historiques mais ils ne laisseront pas tomber la farandole et par elle je suis assurée de vivre dans leur souvenir».

Né à Châtres (Mayenne) en 1872, Guy Trouillard fut nommé en Ariège à sa sortie de l’Ecole des Chartes. Il fit entrer dans son dépôt les dossiers des juridictions secondaires qui se trouvaient encore au greffe de Foix ainsi que les archives des tribunaux de la Révolution et de l’Empire et de nombreux registres de notaires et s’attacha au classement de la série G. Il publia plusieurs articles d’histoire ariégeoise dont une étude des coutumes de Montgailhard. Guy Trouillard quitta l’Ariège en 1898 pour le Loir-et-Cher où il mena le reste de sa carrière et où il mourut, à Blois, en 1925.

Né à Carcassonne en 1873, Joseph Poux fit ses études à Albi puis à Paris où il obtint en 1897 son diplôme de l’Ecole des Chartes. Avant sa nomination, en 1898, aux Archives de l’Ariège, il participa au classement du chartrier de Léran. Durant les quatre années de ses fonctions ariégeoises, Joseph Poux se préoccupa de l’aménagement des locaux, de leur agrandissement en vue du versement de l’énorme fonds de l’Enregistrement et des Domaines de l’Ancien Régime et de la période des biens nationaux et de la séparation devenue nécessaire entre salle de lecture et collections, faisant notamment poser un grillage à la bibliothèque jusque là à la portée de tous. Il réalisa un état numérique des fonds notariaux qui s’accrurent grandement en 1899 et des fonds historiques et s’attacha tout particulièrement au classement, catalogage et reliure de la collection bibliographique commencée par Pasquier. Il reçut en 1901 en don de M. Tournier un fonds intéressant le conventionnel Vadier. Joseph Poux rédigea plusieurs articles historiques, notamment pour la Société ariégeoise dont il était l’archiviste.

Nommé dans l’Aude en 1902, il y resta jusqu’à sa retraite et y publia une monumentale histoire de la Cité de Carcassonne. Il mourut dans cette ville en 1938.

Né à Montauban en 1873, François Galabert entra à l’Ecole des Chartes en 1897 et dès 1899 entreprit avec Charles Samaran le classement du chartrier de Châteaurenault en Indre-et-Loire. Nommé aux Archives de l’Ariège en 1902, il se préoccupa de compléter la série révolutionnaire en continuant les tournées communales de Félix Pasquier et rédigea l’état sommaire des fonds révolutionnaires demandé et publié par la Direction des Archives. Il poursuivit le classement de la série G, entreprit celui des séries E et H et réalisa un inventaire sur fiches des volumineuses archives anciennes de Pamiers. Les fonds départementaux s’accrurent de nombreux dons privés et du dépôt des archives de l’hôpital de Foix. F. Galabert, archiviste de la Société ariégeoise, publia plusieurs articles historiques sur le département dans cette revue.

Nommé en 1904 archiviste de Toulouse, il exerça ses fonctions jusqu’en 1937, date de sa retraite, et de fait jusqu’en 1943, date de nomination de son successeur, et acquit une très grande renommée par ses activités, ajoutées à celles d’archiviste municipal, de bibliothécaire municipal, d’archiviste des hospices civils, de professeur de paléographie à l’université et par son rôle dans les sociétés savantes et surtout aux Annales du Midi dont il fut le secrétaire puis codirecteur. Il s’éteignit à Toulouse en 1957.

Né à Fiac (Tarn) en 1877, Edmond Pélissier fut nommé archiviste de l’Ariège à sa sortie de l’Ecole des Chartes, en 1904. Sous sa direction les Archives départementales s’accrurent de nombreux dons privés dont plusieurs vinrent enrichir la série G (délibérations capitulaires de Mirepoix, visites pastorales de Couserans), de dépôts communaux, les premiers, dont celui de Foix en 1912, des registres du Conseil général antérieurs à 1838. E. Pélissier acheva et publia les répertoires numériques des séries H, E, K, N et V, continua la publication de l’inventaire sommaire de la série G et entama l’élaboration du fichier de la bibliothèque. Il s’occupa de la constitution en 1905-1906 du Comité départemental pour la recherche et la publication de documents relatifs à la vie économique sous la Révolution, fut conservateur du Musée départemental et correspondant du Comité des Travaux historiques et scientifiques, assura à partir de 1909 des conférences à l’Ecole normale et s’occupa comme ses prédécesseurs de la Société ariégeoise dont il fut l’archiviste. Il publia une quinzaine d’articles abordant tous les domaines de l’histoire locale et surtout, avec Philippe Morère, professeur au Lycée de Foix, « l’Ariège historique », première synthèse sur l’histoire de l’Ariège.

La Première Guerre mondiale entraîna la cessation du fonctionnement du service d’août 1914 à novembre 1919. E. Pélissier fut mobilisé tout comme E. Marrot, l’aide-archiviste, successeur de Léon Denjean depuis 1911, qui fut tué en 1916. La plus grande partie du local fut occupée de façon permanente par le Bureau des allocations et les versements entassés sans ordre. A son retour, en 1919, Edmond Pélissier démissionna de ses fonctions d’archiviste pour prendre celles, à Bordeaux, de directeur du « Journal de la France de Bordeaux et du Sud-Ouest ». Il mourut à Bordeaux en 1955.

Né à Lafrançaise (Tarn-et-Garonne) en 1889, Eloi Laval fut nommé aux Archives de l’Ariège en novembre 1919 et demeura à ce poste jusqu’à sa retraite, en avril 1950.

C’est sous cette longue direction que les Archives de l’Ariège connurent leur plus grande mutation, les préoccupations de l’archiviste glissant inexorablement du traitement des « archives historiques » aux problèmes posés par la masse croissante des documents contemporains avec ce que cela impliquait, et implique toujours, concernant le personnel et les locaux, problèmes aggravés à deux reprises par le contrecoup d’une guerre.

A son arrivée, Eloi Laval dut remettre sur pied un service qui avait cessé de fonctionner pendant plus de cinq ans, dont les locaux avaient été occupés par d’autres services (la salle du public ne fut remise à sa disposition qu’en avril 1920) et dont les collections administratives avaient été consultées quand de besoin sans contrôle. Il en résultait de graves désordres, des pertes, des lacunes dans les collections de presse, l’entassement des versements de la période de la guerre. Devant l’amoncellement quotidien des papiers et les problèmes de sécurité qui se posaient (la solidité du bâtiment était en cause), les services préfectoraux acceptèrent de céder les greniers de la Préfecture, ce qui permit une mise en place plus rationnelle des séries et une grosse campagne d’éliminations. A partir de 1922 cependant, Eloi Laval signala régulièrement dans ses rapports la nécessité d’envisager un déménagement complet. En 1926, on aménagea une annexe, toujours dans la Préfecture, selon des normes plus conformes aux impératifs archivistiques, mais l’état de vétusté des locaux et de la toiture ne permit d’installer que 368 mètres de rayonnages sur les 509 prévus ; l’année suivante, la commission départementale demanda d’envisager le transfert dans une autre partie du bâtiment car on avait constaté de graves atteintes de pourriture sèche au parquet. En 1931, un réaménagement des services préfectoraux amena le déménagement d’une partie des fonds au rez de chaussée. Le service était désormais scindé en quatre parties sans liens entre elles. Malgré de sérieux progrès matériels (installation en 1929 du chauffage central écartant les dangers d’incendie des foyers, en 1931 de la lumière électrique, en 1932 de tablettes partout où cela pouvait être fait et rénovation du mobilier et des peintures et papiers peints), le fonctionnement devenait de plus en plus pénible : difficultés de recherche dans des salles dispersées et impossibilité pendant ce temps de surveiller le public, séries fractionnées au rythme des versements, agencement de fortune, travaux de tri à même le sol, manutention sans cesse renouvelée et danger accru du fait du mauvais état du plancher… Un premier projet de construction (1936) resta sans suite. La situation s’aggrava évidemment pendant la guerre de 1939 à 1940 : la mise à l’abri puis la remise en place des séries anciennes et l’évacuation des greniers par consigne de défense passive nécessitèrent une grosse manutention.

C’est en 1940 que le Secrétariat d’Etat à l’Education nationale donna son accord au transfert des archives dans un bâtiment désaffecté de la prison de Foix qui devait subir les transformations exigées par la Direction des Archives (remplissage au maximum car il n’y avait pas de possibilités d’extension, logement d’un concierge, sécurité contre le vol et l’incendie…). Ce déménagement tant souhaité se fit malheureusement dans des conditions très difficiles : la nécessité d’abriter à la Préfecture dépôt d’armes et matériel de guerre le précipita alors que l’état du pays empêchait la réalisation des travaux. Le transfert fut effectué de septembre 1942 à juillet 1943 grâce au sous-archiviste Denjean, à un manutentionnaire, aux chantiers de jeunesse et à des cantonniers. L’aménagement des nouveaux locaux n’était pas terminé : il manquait des rayonnages ce qui provoquait l’entassement des archives à même le sol (il y avait 550 mètres de moins que dans les locaux de la Préfecture !), nombres de vitres ne furent posées qu’en 1945 ; en 1947 encore, le bâtiment présentait « au dehors le spectacle d’un chantier à l’abandon et au-dedans celui d’un intérieur sacrifié où chercheurs et usagers d’avant-guerre ont de la peine à se reconnaître ». Humidité et moisissures régnaient entre plafonds et planchers en mauvais état et toit en carton bitumé ; l’hiver 1942-1943, sans vitres et le chauffage en panne, le thermomètre descendit jusqu’à –2 dans les bureaux et à –4 dans les magasins. Les gros travaux ne furent repris qu’après la guerre et l’appropriation du local ne put être déclarée terminée qu’en 1949 et encore le mobilier était-il à remplacer ! Mais la capacité du bâtiment était restreinte et le problème de la place devait se reposer à court terme.

L’accroissement de plus en plus rapide des versements et les difficultés de la gestion matérielle rendaient le problème des effectifs aussi grave que celui du bâtiment. Jusqu’en 1944, le personnel ne fut pas plus nombreux – deux – que sous le Second Empire ! Jacques Denjean, aide-archiviste puis commis, maintenu exceptionnellement en activité pendant la guerre alors qu’il avait atteint l’âge de la retraite, seconda avec beaucoup de dévouement et d’efficacité E. Laval jusqu’à sa mort survenue en 1946. Antoine Mage, recruté en juin 1942 comme manutentionnaire pour le déménagement, pris par la relève en 1943, remplacé par Combes jusqu’à son retour d’Allemagne en 1944, lui succéda comme commis. Ce n’est qu’en 1948 que Robert Jolibert fut recruté comme concierge chargé également de l’entretien des locaux et de la manutention, ce qui portait enfin à trois l’effectif du service.

Malgré tous ces problèmes matériels, Eloi Laval et ses collaborateurs accomplirent une œuvre archivistique considérable. Des instruments de recherche furent réalisés pour toutes les séries, anciennes et modernes, et tenus à jour au fur et à mesure des entrées, rendant les fonds accessibles dans leur ensemble. Le répertoire numérique de la série C fut publié en 1924, celui de la série S en 1930 tandis que se poursuivait l’impression de l’inventaire sommaire de la série G et qu’était mise en place la série J pour les entrées extraordinaires. Les fonds s’accrurent, outre des versement contemporains, des archives d’enregistrement d’Ancien Régime, des tribunaux révolutionnaires et d’Empire et des administrations cantonales de Varilhes et de Mazères ainsi que de dons privés dont les plus importants furent ceux des familles d’Ounous (1923) et Espaignac (1927), de la succession Pasquier (1930), de M. de Tersac (1936) et de l’abbé Blazy (1945). Les dépôts communaux se développèrent au rythme des inspections de l’archiviste : il y en avait 58 en 1936 avant que les tournées ne fussent interrompues par la guerre.

Comme ses prédécesseurs, Eloi Laval fut archiviste puis secrétaire de la Société ariégeoise jusqu’à la suspension des activités de celle-ci en 1938 ; il y publia lui aussi plusieurs articles d’histoire locale. Mais ses fonctions extra-archivistiques ne s’arrêtèrent pas là. Fonctionnaire d’Etat depuis 1921, l’archiviste vit en effet ses attributions s’élargir régulièrement : il reçut en charge le dépôt légal en 1921, le contrôle des bibliothèques municipales en 1937, la conservation des Antiquités et objets d’art en 1942 ; en 1944, il devint membre des commissions à caractère culturel de la Préfecture. Eloi Laval assura de plus des conférences à l’Ecole normale (paléographie, rédaction de monographies, droit administratif) et l’accueil aux Archives des élèves du lycée conduits par Philippe Morère, professeur, en un embryon de service éducatif. Sollicité par tout ce qui touchait au patrimoine, du plus ancien au contemporain, il organisa en 1941 une exposition de préhistoire au Mas-d’Azil et une autre en 1944 pour les prisonniers languedociens de Stargard en Poméranie.

Lorsqu’il prit sa retraite en 1950, Eloi Laval laissait un dépôt en proie au problème de place mais entièrement accessible aux chercheurs et un service qui voyait s’élargir son rôle culturel autant que son rôle administratif.

  • Bernard SAVOURET (1950-1953)
  • Bernard LEMEE (1953-1963)
  • Agnès de SAINT-BLANQUAT (1963-1970)
  • Jean-François LE NAIL (1970-1976)
  • Claudine PAILHES (depuis 1976)
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