Les Archives de l’Ariège
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Une création livrée aux flammes
En créant les archives départementales, la loi du 5 brumaire an V (26 octobre 1796) avait ordonné le rassemblement au chef-lieu de département de tous les titres et papiers des administrations d’Ancien Régime, de celles nouvellement créées par la Révolution et des documents saisis sur l’Eglise et les émigrés. Ce regroupement se fit à Foix dans les locaux de l’abbaye Saint-Volusien, siège de l’administration préfectorale. Ainsi, c’est dans les flammes de l’hôtel de la préfecture que l’histoire des Archives de l’Ariège commence dramatiquement.
Dans la nuit du 28 au 29 octobre 1803, disparurent en quelques heures les chartriers du château de Foix et de l’abbaye Saint-Volusien, les papiers de l’administration révolutionnaire et ceux des premières années de l’administration préfectorale, les registres paroissiaux et d’état civil provenant du greffe de la sénéchaussée puis du tribunal. Les dossiers de justice, par contre, échappèrent à peu près à la destruction. L’enquête judiciaire aboutit rapidement à l’évidence d’une action criminelle et s’arrêta brusquement : probablement connaissait-on les coupables qu’on ne pouvait ou qu’on ne voulait poursuivre. Il est généralement admis que l’incendie avait visé les archives elles-mêmes, peut-être les dossiers des biens nationaux compromettant des agioteurs (les papiers de l’administration des domaines, eux, ne se trouvaient pourtant pas là) mais plus vraisemblablement l’état civil qui seul permettait la conscription. Destruction et falsification d’état civil étaient alors et furent encore longtemps – durant tout l’Empire – chose courante en Ariège et la première mesure prise par le préfet Brun au lendemain de l’incendie fut l’ordre donné aux maires d’amener au chef-lieu d’arrondissement leurs registres d’état civil pour éviter justement toute atteinte et permettre la poursuite des opérations de recrutement ; la mesure ne paraît pas avoir été appliquée. Parallèlement étaient demandés aux ministères les doubles des lois et instructions et de toute correspondance avec l’Ariège et aux maires ceux des arrêtés préfectoraux.
1803-1845 : des années difficiles
Longtemps après ce drame, les Archives de l’Ariège restèrent plus ou moins à l’abandon. Un commis de préfecture était seulement chargé de tenir en ordre les papiers nécessaires à l’administration. Le problème de l’organisation des archives ne devint une préoccupation réelle que vers 1840. Cette année là, le préfet proposa un employé de la Préfecture, Castet, aux fonctions d’archiviste du département. Le Ministère de l’Intérieur répondit qu’il n’était pas possible de cumuler les deux fonctions et que la modicité de l’indemnité proposée prouvait d’ailleurs « le peu d’étendue des obligations imposées » et demanda qu’on lui soumît un candidat réel nanti d’un traitement convenable. L’affaire traîna…
Dans l’intervalle, Rambaud, principal du collège de Foix, passionné par le passé ariégeois, demanda et obtint sa nomination comme bibliothécaire de Foix et comme inspecteur primaire, préférant à l’administration du collège les tournées qui lui permettaient de collecter des objets d’histoire naturelle et surtout d’archéologie et des documents destinés à enrichir la bibliothèque et les archives départementales. En 1845, le Ministre de l’Intérieur autorisa le préfet de l’Ariège, au vu des résultats obtenus, à allouer à Rambaud et à un certain Fauré une somme de 500 francs pour l’inspection des archives communales. Un élève de l’Ecole des Chartes originaire de la région avait d’autre part en 1841 fait un premier classement de quelques fonds anciens entreposés dans les locaux de la Préfecture.
Jean-Lucien Orliac, premier archiviste départemental
C’est le 19 décembre 1844 que le préfet Larohellerie, «considérant qu’il importe de préposer au classement général et à la conservation des archives départementales un archiviste en titre et d’attribuer à cet employé un traitement convenable en rapport avec l’importance de ses fonctions», nomma à compter du 1er janvier suivant Jean-Lucien Orliac.
Une lettre ministérielle précisa en 1857 le statut de ce nouveau fonctionnaire, chef de service placé sous l’autorité directe du préfet et de nul autre.