Le sceau de l’abbaye Saint-Antonin
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Les Archives de l’Ariège conservent peu de sceaux. Comme dans toutes les terres méridionales, l’usage du sceau pour authentifier les actes est peu répandu, au Moyen Age, au profit de la signature. La conservation des sceaux appendus à un acte de 1300, passé entre l’évêque de Pamiers et le comte de Foix, présente donc un intérêt tout particulier, notamment celui de disposer d’un des rares exemplaires du sceau du chapitre de l’abbaye de Saint-Antonin, à Pamiers.
Ce sceau rond est historié et raconte deux histoires sur trois registres superposés : celle de saint Antonin sur les deux premiers et celle de saint Martin dans le troisième. Dans le premier registre, on voit un homme tenant un glaive au-dessus d’un autre homme à genoux, et à l’arrière un buisson ardent, signe de la manifestation de Dieu aux hommes. Dans le second registre, une barque, portant un gonfanon à la croix, est tirée par deux oiseaux, emportant la tête et le bras d’un homme vers un bâtiment à trois tours. Dans le troisième, saint Martin, à cheval, partage son manteau dont il donne la moitié à un pauvre.
La légende raconte que saint Antonin, après avoir évangélisé le Rouergue, serait revenu à Pamiers et y aurait été assassiné, coupé en deux par un glaive. Ses restes jetés dans l’Ariège auraient été récupérés et enterrés à Pamiers par des fidèles, à l’exception de sa tête et de son bras (droit ou gauche selon les versions), que deux anges, sous l’apparence d’aigles, auraient transporté, dans une barque, jusqu’au lieu de Noble Val, en Rouergue, abordant au pied du château de Festus (aujourd’hui Saint-Antonin-Noble-Val). Son autre bras aurait été porté à la cathédrale de Palencia en Castille.
Quant à saint Martin, sa présence sur le sceau de l’abbaye est liée à l’action évangélisatrice du saint et, si l’abbaye de Pamiers était placée sous l’invocation de saint Antonin, son église abbatiale était placée sous celle de saint Martin. La légende de sainte Natalène, sainte appaméenne, rapporte que celle-ci fut sauvée de la noyade par saint Martin qui passait justement par Pamiers.
Le partage du manteau représenté dans le troisième registre pourrait aussi symboliser le paréage de Pamiers, conclu entre le comte de Foix et l’abbé de Saint-Antonin en 1111. Le paréage désignait la possession en indivision d’une seigneurie par deux ou plusieurs seigneurs, en l’espèce, Roger Bernard III, comte de Foix, et Bernard Saisset, évêque de Pamiers et abbé de Saint-Antonin. En 1300, après vingt ans de conflit, les deux hommes s’accordent à respecter les obligations liées au paréage : le comte vient prêter serment à l’abbé et l’abbé remet les clés du château de Pamiers au comte qui en prend officiellement possession. C’est donc à ce conflit que l’on doit, aujourd’hui, la conservation du très remarquable sceau de l’abbaye de Pamiers.