Le Temple de la raison à Foix

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La révolution française à Foix à travers l’étude Temple de la raison

Cette séquence permet d’aborder la Révolution Française en l’ancrant dans l’histoire locale ainsi que dans l’environnement de proximité. Les élèves sont invités à se transformer en historiens pour répondre à une demande de la mairie de Foix, comme dans un jeu de rôle.

Contenu

En 2016, la commune de Foix, propriétaire des biens de l’Eglise a décidé de faire restaurer un tableau du XVIIIe siècle qui représente une scène de Pentecôte. Ce tableau provient de l’actuelle chapelle Saint-Jacques (anciennement nommée chapelle des Capucins) où il était entreposé jusqu’ à ce que soit récemment entreprise la rénovation de la toiture. Rien n’indique qu’il a toujours été exposé là. En effet le patrimoine mobilier peut par définition être déplacé. Notamment les scènes religieuses (comme c’est le cas du tableau ici) ont pu venir orner différents lieux de culte. La ville en compte plusieurs aujourd’hui et en comptait encore davantage à l’époque de la Révolution.

Les conservateurs, après un examen minutieux du tableau qui leur a été confié, rappellent le service culturel de la mairie pour les informer de leur découverte en enlevant les panneaux de bois qui constituent le châssis du tableau. Au dos de la toile en effet se trouvent des bandes de couleur bleu-blanc-rouge ainsi que des traces d’autres symboles révolutionnaires (un bonnet phrygien probablement) et des textes pour l’instant illisibles.

La ville voisine de Tarascon, proche de notre chef-lieu du département, vient aussi de mettre à jour ce type de décor à l’occasion de la restauration du retable de son église de la Daurade.

Tout cela fait penser aux temples de la Raison. A partir de novembre 1793, les Hébertistes imposent un culte de la Raison. En mai 1794, Robespierre le transforme en culte de L’Être Suprême. Des symboles révolutionnaires (bandes tricolores, bonnet phrygien et faisceaux de licteurs de l’Antiquité, éléments maçonniques) ou des articles de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen viennent orner les églises où le culte décadaire remplace le culte dominical des catholiques. Cet épisode de la Terreur témoigne d’une véritable politique de déchristianisation qui s’accompagne d’une première laïcisation de la société perceptible à travers toute la symbolique révolutionnaire mise en place.

A Foix on peut supposer que le tableau de la Pentecôte a été retourné, le dos de la toile a été peint aux couleurs nationales pour re-décorer l’église convertie en lieu du culte révolutionnaire. La mairie de Foix décide de faire restaurer les deux faces du tableau qui seront présentées aux visiteurs accompagnées d’un commentaire sur l’histoire de ce tableau réemployé lors de la Révolution.

La question qui se pose et à laquelle les élèves vont tenter de trouver la réponse est de savoir quel édifice religieux de la ville a été transformé en temple de la Raison et a donc pu accueillir le tableau en question.

Modalités pratiques

    • Durée de la séquence : 2 heures.
      • 1 heure de recherche guidée par les élèves en salle pédagogique.
        • Constitution de groupes d’élèves (3 élèves environ).
        • Dresser la liste des différentes églises et chapelles de Foix à cette époque et en sélectionner 2 susceptibles d’avoir joué le rôle de Temple de la raison.
        • Construction d’un argumentaire pour affirmer que le temple de la Raison était bien situé à Saint-Jacques ou à Saint-Volusien à l’aide de la fiche élève.
        • Restitution orale des résultats des recherches en s’appuyant sur la fiche-élève qui était à compléter. Comme les informations se recoupent, un échange entre les différents groupes quant au contenu de leurs recherches est souhaité. Chaque groupe apporte sa contribution en argumentant.
        • Bilan de l’atelier en ouvrant le débat.
      • 1 heure de visite des Archives départementales.
    • Effectif : 30 élèves maximum compte tenu de la capacité d’accueil de la salle pédagogique du service des Archives et pour un bon encadrement des groupes par l’équipe du service éducatif sur place.

Première partie de l’atelier

Il s’agit dans un premier temps de recenser tous les lieux de culte fuxéen pendant la période révolutionnaire et de sélectionner les lieux susceptibles d’avoir accueilli le Temple de la Raison. Le 12 juillet 1792, est adoptée la Constitution Civile du Clergé. Les prêtres qui refusent de la reconnaître sont dits « réfractaires », ils sont déclarés hors la loi et persécutés. Les autres curés assermentés (appelés aussi « jureurs ») peuvent continuer à célébrer le culte en étant fonctionnaire au service de la Révolution.

Pour cela les élèves disposent de quatre documents d’archives :

  • Un plan de Foix daté de 1776.
  • Une aquarelle représentant la ville de Foix au XVIIIe siècle. Dans ce paysage urbain il est facile de repérer les édifices religieux à leurs clochers, puis de les localiser et de les nommer à l’aide du document cartographique évoqué précédemment. Ce document iconographique n’est pas conservé aux Archives départementales mais à la Bibliothèque municipale.
  • Des extraits du registre des délibérations municipales de la commune de Foix où sont répertoriées les noms de différentes églises, chapelles et oratoires de la ville où il est possible de célébrer le culte :

Parmi cette liste des lieux de culte, sont écartées la chapelle des Pénitents Bleus (qui n’existe plus aujourd’hui mais dont il reste une trace dans le nom de la rue où elle était située) et la chapelle de Montgauzy, trop excentrée. Cette dernière se situe à proximité des Archives départementales (AD09).

Les deux lieux les plus susceptibles d’avoir accueilli le culte révolutionnaire sont la chapelle des Capucins (actuelle chapelle Saint-Jacques) et l’église paroissiale Saint-Volusien.

Seconde partie de l’atelier

Quel lieu a été transformé en temple de la Raison à Foix : la chapelle Saint-Jacques ou l’église paroissiale Saint-Volusien ?

A l’aide de la fiche élève, ces derniers vont étudier les sources historiques proposées. Il leur faudra déchiffrer et arriver à dater les documents en fonction du calendrier révolutionnaire. Dans leur volonté de faire table rase du passé les Conventionnels mettent un terme au calendrier grégorien. Un tableau de correspondance les aidera à cela.

Les documents à analyser sont les suivants :

Les arguments qui peuvent ressortir à l’issue de cette séquence sont les suivants :

Arguments en faveur de Saint-Jacques (ancienne chapelle des Capucins) Arguments en faveur de Saint-Volusien
Le tableau a été entreposé ces dernières années dans cet édifice L’édifice décrit comme temple de la Raison dans les sources est très vaste et comporte des galeries permettant au public d’assister aux séances depuis l’étage
Les citoyens actifs sont rassemblés aussi bien aux Capucins qu’à Saint-Jacques quand il s’agit d’élire par exemple les juges de paix Des fêtes similaires sont attestées à Saint-Volusien en différentes occasions y compris avant la Révolution où lors des grandes célébrations, après un Te Deum dans l’église paroissiale les réjouissances se poursuivaient à Villote
Le récit de la Société Populaire fait état d’une fête devant l’arbre de la liberté à l’issue de l’inauguration du temple de la Raison; or cet arbre a été planté sur les allées de Villote, comme ce document le précise Chaque fois qu’un temple de la Raison est créé dans une ville, c’est le lieu de culte le plus prestigieux donc l’église paroissiale qui est convertie. A Foix, Saint-Volusien.
La ville de Tarascon vient aussi de retrouver des vestiges révolutionnaires dans son église de la Daurade.

A l’issue du débat, il se dégage une forte probabilité en faveur de Saint-Volusien mais l’équipe en faveur de Saint-Jacques peut contredire les arguments avancés. Aucune réponse tranchée n’est donc donnée à l’issue de cette séquence. C’est l’occasion de rappeler que dans toute démarche de chercheur rien n’est complètement sûr. Seules les preuves permettent d’arbitrer. En l’absence de preuve irréfutable le débat persiste. Un jour, peut-être, de nouveaux éléments viendront attester de la localisation du temple de la Raison à Foix sous la Révolution.

Le fait d’apposer la peinture sur l’envers d’un tableau religieux est très différent du fait de badigeonner le tableau lui-même. En procédant ainsi l’œuvre a été respectée.

C’est encore une autre démarche de recouvrir directement les murs d’une église comme ce fut le cas avec les papiers peints récemment mis à jour à Tarascon.

Est-ce que tout cela ne révèle pas un certain degré de frilosité dans l’engagement révolutionnaire des Fuxéens ?

  • Au cycle 3 en CM1, pour le thème 3 qui s’intitule « Le temps de la Révolution et de l’Empire » les enseignants sont invités à montrer comment la Révolution française marque une rupture fondamentale dans l’ordre monarchique établi.
  • Au cycle 4 en 4ème, dans le cadre du thème 1 sur « Le XVIIIe siècle , Expansions, Lumières et révolutions. »
  • Au lycée :
    • en seconde générale et technologique, lorsqu’on étudie le thème 5 « La Révolution Française, l’affirmation d’un nouvel univers politique » pour comprendre les changements économiques, sociaux et religieux.
    • en seconde de la voie professionnelle c’est une question optionnelle.
    • en éducation morale et civique (EMC), l’étude de la laïcité et des valeurs de la République peut aussi éventuellement être incarnée dans cette étude de cas.

Documents d’archives :

  • 7L11 : registre de la société populaire de Foix 
  • 300EDT/D2 : registre des délibérations municipales de Foix 
  • 1EDT/CC39-41 : plan de la ville de Foix en 1776 

 Publications locales et presse locale :

  • G. Arnaud, La Révolution en Ariège, 1903 (8°84)
  • Abbé Blazy, Annuaire de l’Ariège 1911, article « Les fêtes nationales à Foix sous la Révolution » (1PER194/1911)
  • Claude Delpla, L’église St Volusien (ZO 1808)
  • Claudine Pailhès, article « Visages urbains et vie de rue. Foix des temps romans à la Seconde Guerre Mondiale, Bulletin de la société historique de l’Ariège, 1995.
  • La Dépêche du Midi – Ariège, article publié le 3/12/2016, « Derrière une toile du XVIIIème siècle se cachent les vestiges du temple de la Raison » (2PER212/2016)
  • La Dépêche du Midi -Ariège, article publié le 15/7/2016, « Sous les tableaux de l’église des traces de la Révolution » (2PER212/2016)

Ouvrages généraux :

  • Direction Jean Tulard, Histoire et dictionnaire de la révolution Française (1789-1799), Robert Laffont, 1987
  • Eric Hazan, Une Histoire de la Révolution française, édition Fa Fabrique, 2012
  • Jean Clément Martin, Nouvelle Histoire de la révolution Française, édition Perrin, 2012