Le monument aux morts de Saint-Girons
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Cette carte postale ancienne représente le monument aux morts de Saint-Girons, érigé en 1923 selon les dessins et plans de l’architecte de renom Patrice Bonnet, né en 1879 à Saint-Girons, Grand Prix de Rome en 1906 et architecte en chef des Monuments historiques, en 1921. Ce monument commémoratif, inauguré le 30 novembre 1924, se situe place du Plagnol « à l’angle de la rue Villefranche et de l’avenue de Foix, au débouché même de la gare », en fait, au confluent des nombreuses vallées du Couserans. En son centre, un escalier monumental de cailloux blancs et noirs est constitué de cinq marches sur lesquelles sont gravées les années de la Grande Guerre. Il est bordé de colonnes coiffées de casques, et conduit à une sculpture d’une vieille dame en sabots, cachée sous son capulet, abritée par un petit clocher conique.
Cette dame, réalisée par Jean-Marie Fourès, sculpteur de Toulouse associé à l’entrepreneur toulousain Bousquet, a un visage et même un nom. Elle s’appelle Félicité-Marie Soucasse, née Bareille en 1879 à Lescure. Elle prie les mains jointes sur sa poitrine qui laissent s’échapper un lourd chapelet le long de sa robe de tissu épais. Un de ses fils Charles succombera en 1931, victime des gaz de combat respirés durant la guerre. C’est une photographie de cette mère, percluse de chagrin alors qu’elle gardait ses moutons, qui inspira Patrice Bonnet dans la création de cet ouvrage. Elle est le symbole de la Couserannaise en costume traditionnel (une rareté dans la région), adossée contre le figuier et le cep de vigne qu’on trouve dans tout foyer rural. Elle pleure ses fils partis au combat, dont un bon nombre n’est pas revenu ! Rappelons que sur les 8 millions de soldats mobilisés, 1,4 million sont morts et 3 millions blessés.
C’est le 22 avril 1919 que le conseil municipal de Saint-Girons délibère afin d’ériger un monument à la mémoire des enfants de la commune « Morts pour la France » pendant la guerre de 1914-1918. Patrice Bonnet est chargé d’élaborer le projet pour l’aménagement de la place du Plagnol et la construction de ce monument, approuvé par décret le 12 juillet 1922.
Des souscriptions publiques furent ouvertes, mais le devis initial du 19 septembre 1922 dut être un peu revu à la baisse. Le marbre de Turquin d’Italie, choisi pour les parties sculptées, fut jugé trop onéreux et remplacé par le grès de Grammont ; la pierre calcaire de Lambège fut elle aussi remplacée par du granit pour la terrasse, les escaliers, le dallage… La dépense s’éleva au final alors à 105 097,43 francs.
L’originalité et la beauté du monument furent reconnus un siècle plus tard par son inscription au titre des monuments historiques le 18 octobre 2018.