Les débuts des femmes ariégeoises en tant qu’électrices et élues

1945 (AD09, 130 EDT/K1, 421 W 4, 425 W 15, 443 W 62)

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Les femmes accèdent au droit de vote et d’éligibilité par l’ordonnance du 21 avril 1944, un siècle après les hommes et dans les mêmes conditions (article 17 : “les femmes sont électrices et éligibles dans les mêmes conditions que les hommes”). Revendiqué depuis de nombreuses années, notamment par des associations militantes, le droit de vote des femmes avait fait l’objet de plusieurs tentatives de l’Assemblée nationale, dans l’entre-deux-guerres, systématiquement rejetées par le Sénat. Après la Libération, la majorité des partis politiques est favorable au droit de vote des femmes et à leur entrée dans la vie politique.

C’est lors des élections municipales des 29 avril et 13 mai 1945 qu’elles peuvent enfin voter et être élues. Elles possèdent leur propre carte d’électrice, comme celle de Maria Ribat, ménagère demeurant à Montjoie-en-Couserans. La liste des électeurs de cette même commune, et de toutes les communes de l’Ariège, comprend désormais des femmes, qu’elles soient cultivatrices, boulangères ou religieuses. Elles participent à la vie politique.

Le tract de promotion de la liste radicale-socialiste et de défense des intérêts communaux qui se présente à Lavelanet s’adresse aux « Citoyennes et citoyens », parle des « Françaises et Français [qui] sont appelés à se prononcer » et des « compétences féminines ». L’affiche de la liste des candidats socialistes de Pamiers propose même un texte des membres de la commission féminine intitulé « Les femmes réhabiliteront le suffrage universel ». Il exhorte les femmes à prendre leur place d’électrice et à faire entendre leur voix.

Certaines se présentent en tant que maires ou conseillères municipales. A Saint-Girons, la liste de la résistance socialiste et radicale-socialiste du maire Fernand Loubet, se compose de onze hommes et d’une femme, Justine Damase, vice-présidente de l’Action Féminine, section française de l’internationale ouvrière (SFIO). Elle sera conseillère municipale, notée en dernier sur la liste des élus de la ville, qui comprend le maire, cinq adjoints au maire et dix-sept conseillers municipaux. A Pamiers, ville la plus peuplée du département, la quatrième et dernière adjointe au maire est une femme, Lilian Vaughan, mais elle démissionne en avril 1946 pour raisons familiales. Elle sera remplacée par un homme.

Dans les faits, en 1945, aucune femme n’a été élue maire en Ariège et très peu sont conseillères municipales. Elles restent ultra-minoritaires en politique. Elles n’accèdent que rarement à des fonctions électives, la cooptation au sein des partis jouant en faveur des hommes, majoritaires.


Depuis quatre-vingts ans, la France s’est dotée de plusieurs lois dites « de parité ». La loi du 6 juin 2000, votée après de vifs débats, tend à favoriser l’égal accès des femmes aux mandats électifs en obligeant les partis politiques à inscrire autant de femmes que d’hommes sur les listes électorales. Malgré cette avancée, elles sont toujours, plus de vingt ans plus tard, minoritaires dans les exécutifs (elles représentent 17 % des maires en France). En 2024, 70 femmes (21%) sont maires en Ariège sur les 327 communes ariégeoises soit à peine plus que la moyenne nationale.