Esclarmonde : l’opéra de Jules Massenet

(1889, 56 Fi 218)

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Jules Massenet (1842-1912) est un compositeur français, très populaire à la Belle Époque avec près de trente opéras à son actif, et professeur au conservatoire de Paris. Il tient sa passion pour la musique de sa mère, Adélaïde Royer de Marancour, qui lui donnait des cours de piano. Son père Alexis Massenet était, lui, maître de forges.


Souvent qualifié de « poète de la femme », Jules Massenet compose l’opéra « Esclarmonde » en 1889 à l’occasion de l’exposition universelle de Paris. Le livret est écrit par Alfred Blau et Louis Gramont. Contrairement à ce que tout Ariégeois aurait imaginé, l’opéra ne retrace pas l’histoire d’Esclarmonde de Foix, sœur de Roger Raimond, comte de Foix, parfaite cathare, ayant vécu à la fin du XIIe et au début du XIIIe siècle ni celle d’Esclarmonde de Péreille, fille de Jourdain de Péreille, seigneur de Montségur, également parfaite cathare, brûlée à Montségur en 1244 avec sa mère et sa grand-mère. Le compositeur a emprunté ce prénom médiéval prestigieux pour créer une impératrice de Byzance, magicienne et ensorcelante.


L’intrigue est celle d’un conte de chevalerie où l’empereur Phorcas, père d’Esclarmonde, décide de lui céder son trône, à la condition qu’elle conserve ses pouvoirs magiques et que, pour ce faire, elle reste voilée jusqu’à ses vingt ans. C’est un tournoi qui désignera son futur époux. Étant déjà amoureuse d’un chevalier français, Roland, elle va user de sortilèges pour l’attirer dans ses filets. N’y tenant plus, Roland se confie à l’évêque de Blois qui arrache le voile d’Esclarmonde ; celle-ci perd alors ses pouvoirs. Après des épreuves et un tournoi, les amoureux finissent par être réunis par Phorcas et accèdent au trône. Secret, amour interdit, trahison et dénouement heureux ont fait le succès de cet opéra.

L’une des affiches promotionnelles de cet œuvre romanesque conservée aux Archives départementales témoigne des notes de magie, de chevalerie et d’érotisme disséminées dans les quatre actes et huit tableaux. L’illustrateur, resté inconnu, a fait preuve de modernité pour l’époque. Le personnage central est Esclarmonde, représentée sous les traits de Sibyl Sanderson, la chanteuse américaine et muse de Jules Massenet. Elle apparaît lumineuse, majestueuse et mystérieuse, vêtue d’une robe byzantine richement ornée, d’une couronne imposante et d’un voile omniprésent. Les colonnes qui l’entourent et les tons chauds utilisés transportent le spectateur vers l’Orient. La partie droite de l’affiche est scindée en deux : en haut, la scène, romantique, des retrouvailles entre Esclarmonde et Roland, en bas, la scène, dramatique, en noir et blanc où l’évêque lève les bras au ciel, sûrement après avoir enlevé le voile d’Esclarmonde.


Il existe d’autres versions de cette affiche : celle de Georges Clairin, celle d’Alfred Choubrac, ou encore la version de la partition (éditions Hartmann), chaque support de communication (murs de la ville, programmes de théâtre, partitions) ayant ainsi son propre visuel pour toucher des publics différents.

Cet opéra n’a jamais été rejoué, notamment en raison de ses difficultés techniques, jusqu’en 1974. La grande soprano australienne, Joan Sutherland, et son mari, le chef d’orchestre Richard Bonynge, ressortent de l’oubli l’œuvre qu’ils interprètent pendant 9 ans. Il est, depuis cette date, une nouvelle fois retombé dans l’oubli.