Cracher « à terre » est un danger pour les vôtres et pour autrui
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Cette affichette (26 cm x 19,3 cm) de prévention contre la tuberculose, éditée par le Comité National de défense contre la tuberculose pendant la Seconde Guerre mondiale avec le visa de l’ORAFF (Office de Répartition de l’Affichage créé par les autorités allemandes en 1941 pour contrôler politiquement les affiches), aurait bien pu être diffusée en ce temps présent de pandémie liée à la COVID ! Mais revenons en arrière pour mieux cerner les efforts déployés pour combattre la tuberculose, maladie particulièrement contagieuse et qui fait toujours plus d’un million de morts par an dans les pays les plus pauvres.
Au milieu du XIXe siècle, le courant de pensée hygiéniste combat l’acte de cracher. En 1882, l’allemand Robert Koch isole le bacille (qui portera son nom) responsable de la tuberculose et apporte la preuve scientifique que cracher peut être meurtrier. A cette époque, la seule stratégie possible est préventive. Le docteur Armengaud de Bordeaux fonde en 1891 la Ligue préventive contre la tuberculose, ligue de vulgarisation et d’éducation sur la contagion de cette maladie et les moyens de s’en défendre. L’école et les enseignants sont également mis à contribution. En 1897, un manuel destiné aux enseignants du primaire affirme : « les microbes qui se mêlent à la poussière des rues sont plus dangereux que les loups, les tigres et les lions ». En 1901, la Ligue des anti-cracheurs est fondée pour éclairer l’opinion et, en 1902, une circulaire ministérielle rend obligatoire l’instruction de l’hygiène dans les écoles de France.
Entre 1906 et 1913, 690 000 Français meurent de la tuberculose, soit plus de 86 000 par an. La Grande guerre marque un tournant important dans la politique antituberculeuse car la présence de tuberculeux dans les armées comporte un risque majeur de contamination et donc d’affaiblissement des populations militaires et civiles. De nombreux soldats sont réformés. En 1916, la loi « Léon Bourgeois » impose la création de dispensaires d’hygiène sociale et de lutte antituberculeuse. L’Ariège en comptera trois à partir de 1921, à Foix, Saint-Girons et Pamiers. En 1917, la Mission américaine de prévention contre la tuberculose, surnommée Fondation Rockefeller, s’installe en France et développe la lutte contre la maladie. Le Comité national de défense contre la tuberculose lui succédera en 1919.
Mais la médecine et la prophylaxie sont impuissantes face à ce fléau jusqu’à la mise au point (selon la méthode pasteurienne) d’un vaccin en 1921 par le médecin et bactériologiste Albert Calmette et le vétérinaire et biologiste Camille Guérin. Ceux-ci n’ayant pas souhaité déposer de brevet, l’Institut Pasteur délivre des doses de sérum gratuitement sur simple demande écrite.
Dès 1924, le vaccin est diffusé sur le territoire national et afin d’en financer la fabrication, le timbre antituberculeux est créé en 1925. Peu coûteux, il est accessible à toutes les bourses et permet à chacun de participer à la lutte tout en étant un outil pour l’éducation sanitaire. L’école a eu une place importante dans sa diffusion.
La vaccination BCG (Bacillum Calmette-Guérin) devient un réel devoir national mais n’est pas obligatoire. Le taux de mortalité recule : 60 000 personnes en 1938. Il remonte avec le second conflit mondial. En 1942, le régime de Vichy prévoit une contravention passible d’une amende en cas de crachat hors d’un crachoir collectif ou individuel, contravention qui est toujours en vigueur aujourd’hui. C’est dans ce contexte qu’est éditée cette petite affiche. Il était recommandé par les autorités de cracher avec les deux mains dans un mouchoir et de le mettre dans un sac plastique.
Ce n’est qu’en 1950 que le vaccin BCG devient obligatoire et, conjugué aux progrès en hygiène et en amélioration de l’habitat, la maladie recule depuis les années 1970 et devient de moins en moins fréquente à tel point que l’obligation de vaccination par le BCG chez l’enfant et l’adolescent a été suspendue en 2007 même si elle reste très recommandée.