L’un des premiers actes politiques de Gaston Fébus
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Ce mandement royal du 2 juillet 1344 qui interdit aux officiers royaux de s’immiscer dans l’administration du comté de Foix est un signe manifeste de la prise de possession de son comté par le jeune Gaston III (il ne prendra le nom de Fébus qu’en 1358).
À cette date, Gaston III a 12 ans. Son père, Gaston II de Foix-Béarn, vient de mourir le 26 novembre 1343 en Andalousie. Sa mère, Aliénor de Comminges, assure la régence et entend immédiatement préserver les possessions et droits de son fils et l’indépendance du comté de Foix par rapport au pouvoir royal, représenté au niveau local par les sénéchaux de Carcassonne puis de Toulouse à partir de 1333. Le 7 juin 1344, elle a fait reconnaître son fils solennellement par les représentants du comté de Foix et s’est déjà plainte au roi de France, Philippe VI, au nom de son fils, des menées locales des sénéchaux royaux. Elle obtient gain de cause. Sans doute profite-t-elle de la situation délicate du roi de France, en position de faiblesse face aux Anglais qui l’oblige à changer souvent de résidence, d’où sa présence attestée à Château-Thierry dans l’Aisne entre le 28 juin et le 4 juillet 1344.
Gaston III atteint sa majorité le 30 avril 1345. Le 3 janvier 1345, dans le cloître de Saint-Volusien de Foix, il a échangé serments et hommages avec les nobles et les consuls du pays et le 7 juin 1345, toujours à l’abbaye Saint-Volusien, il jure de respecter les privilèges de la ville avant de recevoir le serment des consuls et des habitants. Par ailleurs, il prend soin de visiter toutes les villes de son comté et d’y recevoir les hommages.
Vis-à-vis du roi, Aliénor de Comminges et Gaston III se livrent à une habile diplomatie, tout en prenant leurs distances avec le pouvoir royal. Ainsi les troupes du comté ne participent pas à la bataille de Crécy le 26 août 1346, bataille qui se solde par une dramatique défaite face aux troupes anglaises d’Édouard III. Deux ans plus tard, le 25 septembre 1347, Gaston III refuse de prêter hommage au roi pour le Béarn tout en faisant allégeance pour le comté de Foix, lequel relève, il est vrai, du royaume de France depuis 1272, date du premier hommage par le comte Roger-Bernard III !
Philippe, par la grâce de Dieu roy de France. Aus sénéschaulz de Tholose et de Carcassonne et à touz noz autres justiciers ou à leurs lieustenants salut. Nous avons entendu par la complainte (= plainte) de notre amé et féaul cousin Gâston, conte de Foys, que comme ou temps passé la conté de Fois fust mise et tenue en notre main ou de noz prédécesseurs et pour aucuns debaz precedenz ou information faite de notre comandement ou de noz diz prédecesseurs par vos devanciers sénéschaulz de Tholose et de Carcassonne, la dicte conté limitée et exterminée (= délimitée) selont ce que, par les dictes informations aprises et limitations, puet (= peut) plainement apparoir. Néantmoins notre procureur et plusieurs autres se pourforcent (= s’efforcent) de troubler et empeschier le dit conte et ses officiers à user de leur juridiction dedens les termes de ladicte conté et se pourforcent de usurper les juridictions du dit conte par le povoir et sous l’ombre de son office, en grant grief et préjudice du dit conte si comme il dit. Pour quoy nous, à la supplication du dit conte, vous mandons et à chascun de vous si, comme a luy appartiendra, que se appelle notre dit procureur et ceulz qui seront à appeler et veues les dictes informations vous appartenant des choses dessus dictes, tenez et faites tenir et garder le dit conté en ses termes et limitations et en ycelles laissiez ledit conte user de ses juridictions et ne li souffrez dores en avant estre tourbé (= troublé) ne empeschié par notre dit procureur ne par autre contre raison et, se aucune chose a esté faite au contraire, si la mettez du tout au neant senz nul delay et tout ce qui en est ensuy, senz autre mandement attendre. Donné à Chasteau-Thierri le secont jour de julet, l’an de grace mil trois cent quarante et quatre, souz notre scel nouvel.
Ès requestes de l’ostel.