Un Ariégeois, officier de la Garde Impériale, parle de l’Empereur

18 octobre 1854 (AD09, 3 T 5)

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En septembre 1854, Napoléon III charge une commission de recueillir et publier la correspondance de Napoléon 1er. Cette entreprise aboutit à l’édition de 32 volumes entre 1858 et 1869. Pour sa réalisation, la commission a puisé dans les Archives publiques de l’Empire mais a également lancé ce que nous appellerions aujourd’hui une grande collecte en faisant appel à toutes les personnes qui possèdent des pièces de cette correspondance. Les préfets et les maires sont chargés de solliciter les familles des officiers qui ont servi sous l’Empire.

C’est ainsi que Joseph Gabriel Heuillet, chef de bataillon de la garde impériale en retraite, répond au préfet le 18 octobre 1854, depuis sa résidence de Saint-Girons. Il livre quelques anecdotes dont il atteste l’exactitude : « Vous connaissez, en effet, quelle est l’adulation des anciens militaires pour l’Empereur Napoléon 1er et vous savez que les paroles du Grand Homme qu’ils ont eu le bonheur d’entendre sont restées profondément gravées dans leur mémoire ».

Gabriel Heuillet, originaire de Sainte-Croix, s’engage en 1793 dans les armées révolutionnaires (il a 13 ans !). Il entre dans la garde impériale à 21 ans et participe à toutes les campagnes napoléoniennes. Soldat de carrière, il est promu capitaine du 2e régiment de chasseurs de la garde impériale en 1813. Il sera commandant du quartier général de l’armée du Nord en 1831 et chef de bataillon, commandant la garde nationale de Toulouse. En 1808, l’Empereur lui a accordé une rente de 500 francs sur le Monte-Napoleone du Royaume d’Italie « pour les services qu’il nous a rendus dans le cours des campagnes d’Ulm, d’Austerlitz, d’Iéna et de Friedland ». D’un courage et d’une audace exemplaires, plusieurs fois blessé, prisonnier des Anglais en 1815, cet Ariégeois est nommé commandeur de l’ordre de la Légion d’honneur le 22 décembre 1853. Il meurt à Saint-Girons en 1857 à l’âge de 77 ans.

Son témoignage n’a jamais été publié.

Saint-Girons, le 18 octobre 1854.

Monsieur le Préfet,

Conformément au désir que vous m’en avez manifesté dans votre lettre du 14 courant, j’ai l’honneur de vous donner connaissance des anecdotes suivantes relatives à l’Empereur Napoléon 1er.
[…]

Le jour de la grande bataille d’Austerlitz, ma compagnie était de service près de l’empereur, nous ne le quitames pas un moment. Vous savez, Monsieur le Préfet, que des milliers de Russes furent ensevelis dans un lac dont la glace fut brisée. D’autres en grand nombre, et par la même cause, furent faits prisonniers ; parmi eux, se trouvait un chef d’escadron d’artillerie, jeune homme parlant fort bien français. Il demandait à grands cris d’être fusillié, préférant la mort à la captivité. Comme il approchait de l’Empereur, taisez-vous, lui dit-on, voila l’Empereur. Ce dernier ordonna qu’on le laissat approcher : Sire, s’écria le captif, faites-moi fusillier, je suis indigne de vive, j’ai perdu toute mon artillerie. L’Empereur lui répondit : « Calmez-vous jeune homme, on peut être battu par mon armée et avoir part à la victoire. » Le chasseur fut délivré.
[…]

A Berlin, un jour que le grand homme passait en revue un Régiment de dragons qui s’était distingué à Iéna, on fesait des propositions d’avancement. Les candidats proposés par le colonel entouraient l’Empereur. Je me trouvai en ce moment près de là. Napoléon aperçut un maréchal des logis à trois chevrons qui n’était pas proposé. Il chargea le comte Lobeaux de le faire approcher et s’adressant au colonel « Pourquoi cet homme n’est-il pas proposé ? N’est-il pas bon soldat ? ». Oui, Sire, mais il ne ait pas écrire ». L’Empereur embarrassé passé en revue les candidats fesant à chacun des questions. Il arriva devant un jeune homme « vous êtes bien jeune, lui dit-il », dans la conversation, il apprit que ce jeune homme était le fils du colonel : « vous irez loin, continua l’Empereur, car celui qui vous protège est encore plus influent que moi, tandis que ce brave homme (il désignait le vieux maréchal des logis) n’a d’autres protecteurs que moi ». Le maréchal des logis fut nommé sous-lieutenant.
[…] ».

Deux extraits transcrits.