La mine du Rancié

1808 (AD09, 8 S 339)

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Les traces d’anciennes exploitations de minerai de fer sont nombreuses en Ariège. Au XIXe siècle, une cinquantaine de gisements métallifères étaient encore exploités de façon plus ou moins régulière (Château-Verdun, Lassur, Rabat, Miglos, Puymorens…). Mais c’est essentiellement la mine du Rancié, située à Sem dans la vallée du Vicdessos, qui, du XVIIe au XIXe siècle, approvisionne les forges à la catalane pyrénéennes.

Son exploitation remonte fort loin et la qualité de son gisement en a fait sa réputation, si bien qu’on disait qu’elle était «le plus grand trésor des Pyrénées».

Particulièrement appréciée par la régularité de sa production et par la qualité de son minerai, elle permet de produire le fer par le procédé de réduction directe, connu sous le nom de méthode catalane qui consiste à convertir immédiatement le minerai en fer, forgé dans un foyer de faibles dimensions, sans passer par l’intermédiaire de la fonte. Le combustible est le bois, les soufflets de forge sont des trompes utilisant la force naturelle de l’air.

Jusqu’au milieu du XX° siècle, la mine appartient à la communauté des habitants de la vallée de Vicdessos : les comtes de Foix ont d’abord reconnu omnibus et singulis habitatoribus, suivant la formule de la charte de 1293, aux habitants de la vallée le droit d’extraire le minerai, de le vendre et de le transporter librement dans la vallée jusqu’à Sabart. Les minerons de Sem, Goulier et Olbier extraient le minerai, les voituriers de Sem le transportent, les marchands de Vicdessos le négocient, chaque mineur dispose ensuite du produit de son travail. Ce sont à peu près 200 000 quintaux qui sont vendus annuellement.

aujourd’hui comme par le passé… par les mineurs eux-mêmes aux muletiers qui le portent non plus à Sabart et Tarascon mais à Cabre … (Où) le minerai est vendu à des tiers entreposeurs qui traitent avec les maîtres de forges.”

Ce droit d’usage perdure au cours des siècles, ce qui valut au Rancié l’appellation de « mine aux mineurs ».

Pour bien consolider cette gestion, il existe une « police de la mine », collective avec des règlements très stricts. Ainsi chaque village de la vallée nomme des délégués au conseil politique auquel est dévolue la direction de cette vallée. Ce conseil de vingt membres est dirigé par quatre consuls, tous maîtres de forges, chargés de la police et de la justice. Ils rendent des ordonnances et rédigent des règlements. L’administration proprement dite de la mine est laissée à des mineurs, nommés par les consuls, les jurats qui dirigent le travail et s’occupent de la vente, de la répression des fraudes et de la police des bois, indispensables au traitement du minerai. Le Rancié offre donc l’exemple même d’une exploitation minière communautaire : les mineurs forment donc une collectivité à laquelle est reconnue une existence juridique et la possibilité de nommer des syndics pour la défense de leurs intérêts (au nombre de trois cents en 1788). Au cours du XIXe siècle, différents règlements ont retiré la liberté d’exploitation aux mineurs.

Les conditions de travail, harassantes et dangereuses, les risques d’éboulement permanents, le port à dos d’homme sont le quotidien des mineurs dans les galeries. L’ingénieur d’Aubuisson voyait en 1812 le Rancié comme « une immense masse d’éboulis au milieu duquel la nécessité de vivre porte quatre cents mineurs à ouvrir de petits chantiers où ils recherchent, brisent et extraient des blocs de minerai ». Les mineurs comme les muletiers mal payés, peu défendus et imprévoyants, restent à la merci d’onéreux intermédiaires, les « magasiniers » de Cabre et de Vicdessos, maîtres de forges, notables et propriétaires aisés, qui imposent le prix du transport et s’opposent aux innovations contraires à leur intérêt immédiat comme la construction d’un chemin ou la création d’un magasin général. Les mineurs eux-mêmes sont aussi rebelles aux changements susceptibles de rompre l’équilibre économique qui fait vivre de nombreuses familles, réussissant par exemple jusqu’en 1896 à empêcher l’installation d’un câble qui aurait ruiné le transport à bât sur la voie muletière accédant à la mine. Les salaires comme dans toutes les industries ne sont pas élevés ; Delcassé fait de nombreuses interventions à la Chambre en faveur des mineurs du Rancié pour des augmentations de salaires.

Après la Restauration, l’administration préfectorale prend la suite des consuls et impose sa règlementation. Sous le contrôle technique des « ingénieurs des mines en station au Rancié » la mine continue de fonctionner un siècle de plus. Après la guerre de 1914-1918, elle vivote jusqu’à l’abandon des galeries qui est effectif en 1929 et elle ferme définitivement en 1931.