L’exploitation des phosphates de la grotte de Bouichéta (Bédeilhac-Aynat)

Fin XIXe siècle (AD09, 8 S 490)

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En août 1893, le conseil municipal de Bédeilhac-Aynat accorde à Charles Fouque, industriel toulousain, l’autorisation d’extraire les terres contenues dans la grotte de Bouichéta, puis, lorsque cette extraction sera terminée, la possibilité d’y pratiquer la culture des champignons sur couches. Les terres extraites sont, en effet, riches en phosphates et très prisées des agriculteurs, comme l’avait été pendant des décennies le guano péruvien composé des fientes des oiseaux de mer et largement exporté vers l’Europe et les États-Unis. L’ingénieur des Mines, qui instruit la demande de Charles Fouque, note, dans son rapport, que

Le sol de la grotte, sensiblement horizontal, est constitué sur les deux tiers environ de sa surface par une couche de terre jaunâtre, d’une épaisseur d’au moins trois mètres dans les quelques fouilles exécutées en divers points. Ce sont ces terres que Mr Fouque se propose d’exploiter en raison du phosphate de chaux qu’elles contiennent. D’après les renseignements que nous avons pu nous procurer, ces terres contiendraient environ 12 % de phosphate.”

Le guano-phosphate des grottes françaises, et notamment ariégeoises, est essentiellement composé de déjections d’animaux (chauve-souris, oiseaux etc.) mais également de squelettes d’animaux accumulés depuis des siècles. Décrivant la grotte de l’Herm, voisine de Foix, le docteur Alzieu, constatait, dans un article de L’Ariégeois de 1855, que «les chauves-souris doivent avoir pris possession de cette demeure depuis bien des siècles, si l’on en juge par la quantité énorme de guano qu’elle a fourni, durant plusieurs années, aux populations voisines, sans que cette précieuse substance ait pu être épuisée». Charles Fouque envisage également l’exploitation des grottes de Lombrives et d’Ussat, ce qui, selon ses termes, «ne peut manquer de donner la fortune aux entrepreneurs et l’aisance à notre région».

Malheureusement, la recherche de terres phosphatées aboutit à un désastre patrimonial, car celles-ci regorgent de vestiges préhistoriques. En 1871, lors du Congrès international d’anthropologie et d’archéologie préhistoriques qui se tient à Bologne, le docteur Félix Garrigou, rend compte des fouilles qu’il a entreprises et décrit ainsi la grotte de Bouichéta : « A 140 m. environ au-dessous, s’ouvre une autre caverne dite de Bouichéta, dans laquelle j’ai découvert des quantités énormes d’ossements d’ours, cassés, je crois, par la main de 1′ homme, ainsi que des ossements de hyène, de grand chat, de rhinocéros, accompagnés de charbon, de cendres, de quartz, de silex et de .quartzites taillés en forme de haches et d’outils. Un limon excessivement fin englobe tous ces objets jusqu’ à une hauteur de 5 m. environ ».

De fait, Charles Fouque vide en très peu de temps la grotte de Bouichéta. Alors qu’il ne démarre l’exploitation que le 5 janvier 1894, il a déjà extrait et expédié 50 tonnes de phosphates le 22 janvier 1894.

Malgré la demande expresse de la commune de Bédeilhac d’être destinataire des « ossements découverts au cours des fouilles et de l’extraction, ainsi que de tous les objets ayant une valeur scientifique qui seront trouvés dans la grotte », le docteur Garrigou, déplore, en 1906 qu’

À Bouichéta, près du village de Bédeilhac, un géologue n’a pas hésité à fouiller à fond le sol de cette caverne, pour en retirer les précieux débris d’une faune quartenaire des plus intéressante, livrant au pilon les ossements du grand ours des cavernes, de grands chats, de rhinocéros, d’hyène, etc., etc. pour les vendre comme engrais aux agriculteurs. […] J’ai considéré comme un devoir de vulgariser, dans cet écrit, la connaissance des faits si regrettables et vraiment honteux pour notre époque, que je viens de signaler, afin d’éviter dans l’Ariège et ailleurs, si possible, qu’ils ne se renouvellent. Qu’on fasse tout, sinon pour les empêcher, du moins pour éviter la perte d’objets les plus caractéristiques et les plus utiles au point du vue scientifique.”