Les grévistes du textile de Laroque d’Olmes

1926 (AD09, 15 M 42/2)

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Les Archives de l’Ariège conservent, dans le fonds de la préfecture, un épais dossier sur la grande grève de 1926 à Laroque-d’Olmes dans lequel, chose rare dans des archives publiques de cette époque, se trouvent une photographie d’ouvrières du textile et des cartes postales des manifestations que le commissaire spécial de la Sureté générale de Foix a adressées en août 1926 au préfet de l’Ariège. La grève des ouvrières et des ouvriers du textile de Laroque-d’Olmes a eu, en effet, un tel retentissement qu’une série de cartes postales a été éditée à cette occasion.

La grève démarre le 10 mars 1926. Les ouvriers des usines de textile Ricalens, Fonquernie et Bertrand & Cabrol, soit 805 personnes, réclament une augmentation de salaires et un alignement de ces salaires sur ceux des ouvriers de Lavelanet qui, après s’être mis en grève le 27 février 1926, avaient obtenu le 2 mars une augmentation de salaire. Les ouvriers demandent une augmentation de 15% à 25% mais se heurtent au refus des industriels qui affirment que leur situation financière ne leur permet pas de faire les mêmes concessions que ceux de Lavelanet.

La grève, soutenue par la Confédération Générale du Travail Unitaire et par le Parti Communiste, va durer 4 mois jusqu’au 28 juillet 1926. Des cortèges de grévistes français et espagnols, accompagnés de leurs enfants, défilent dans les rues de Laroque-d’Olmes. Sur leurs bannières sont inscrits les slogans « Honte aux affameurs », « Nous voulons vivre en travaillant » ou encore « Du pain ! Du pain ! ». Les ouvriers textiles de Lavelanet, Villeneuve-d’Olmes, Montferrier et les ouvriers du peigne de la vallée de l’Hers se joignent aux cortèges et soutiennent financièrement les grévistes en abondant les fonds du comité de grève. Les femmes jouent un rôle de premier plan dans cette grève, parcourant la région pour recueillir de l’argent qui permettra de nourrir les grévistes.

Les tensions avec les industriels sont fortes au point que ceux-ci se réfugient quelque temps en Espagne, confiant leurs usines au maire, mais reviennent rapidement de peur de voir les ouvriers exploiter les usines abandonnées. Quelques manifestations tournent à l’affrontement avec les gendarmes : des manifestants sont arrêtés et condamnés. Mais la grève continue et trouve un grand écho dans la presse locale et nationale. Ministres de l’Intérieur, du Travail, députés interviennent. Alice Brisset, secrétaire de la CGTU pour la main-d’œuvre féminine vient donner, en juillet, un meeting à Laroque-d’Olmes.
Finalement, les ouvriers obtiennent une augmentation de salaire de 13% à 16 %, majorée de 13% d’augmentation du coût de la vie. La reprise du travail s’effectue de manière échelonnée pour une grande partie des grévistes. Comme le rapporte, le 3 août 1926, le commandant de gendarmerie de l’Ariège :

La grève de Laroque-d’Olmes …peut être considérée comme terminée à partir du 2 août. L’accord entre patrons et ouvriers est complet sur la question des salaires qui ont été réajustés au coût de la vie. Par suite d’embauchages ou de réorganisations entraînant diminution des effectifs, il restera une centaine environ de grévistes qui ne seront pas repris dans les manufactures de Laroque. Il ne résultera de cette situation aucun chômage, car les ouvriers en question trouvent facilement du travail dans les industries des localités voisines à Lavelanet notamment.”