Les porteurs de glace
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Le métier de porteur de glace au XIXe siècle figure parmi les petits métiers originaux que l’on pouvait trouver en Ariège comme les rémouleurs, les porteurs de fagots ou de fromages ou bien encore des montreurs d’ours. C’est à Aulus et Rabat que ce métier est principalement exercé. En effet, pendant la saison estivale, Aulus voit affluer des touristes nombreux et aisés qui viennent profiter des bienfaits des eaux thermales et logent dans les hôtels et maisons meublées. Pour pouvoir nourrir cette clientèle bourgeoise, il faut donc avoir de la nourriture en quantité suffisante et donc de la glace pour conserver les viandes et denrées et offrir quelques rafraichissements.
Aussi les hôteliers et cafetiers font-ils appel à des porteurs de glace dénommés « forts de glace » car le transport s’effectue à dos d’homme. Ces solides gaillards, après de nombreuses heures de marche, chargent, chaque nuit, leurs sacs de glace dans les montagnes où se trouvent les neiges éternelles. Selon l’enneigement, ils vont au pied du mont Rouch, au névé du Riou, derrière le col d’Agnes en passant par le Pas de Ribaute, au lac du Garbet ou dans la vallée d’Arse.
La glace est découpée en principe à la hache ou au marteau, outils qui demeurent sur place, et des blocs de 70 à 100 kilogrammes sont ensuite disposés dans un gros sac de jute, que chacun hisse sur son dos, retenu par une sangle frontale. Des peaux de mouton isolent les corps du froid. Une partie du poids pèse sur le front, la difficulté pour le retour étant de garder son équilibre sur les sentiers escarpés et passages difficiles, d’autant que la plupart du temps, les porteurs sont chaussés de nu-pieds.
À l’aube, certains porteurs livrent la glace au Grand-Hôtel où elle est achetée au poids. D’autres approvisionnent l’hôtel du Midi et se font payer au fardeau. En dehors de la station thermale, ils apportent de la glace aux cafés et boucheries de la ville de Saint-Girons. Les porteurs de glace les plus connus à Aulus ont été immortalisés sur une carte postale, il s’agit de Jean-Pierre Rogalle dit « Matiélot », né en novembre 1874, et Jean Ruffé, son cousin, né en 1879.
À Rabat, de mai à novembre, la glace est extraite chaque nuit de la « glacière », un névé au pied du massif des Trois Seigneurs et expédiée ensuite à Toulouse ; ainsi en 1853, ce sont 6 tonnes de glace qui rafraichissent la capitale languedocienne. Les porteurs découpent des blocs de 25 kg, les enroulent dans de la sciure et de la toile de jute, mais, contrairement à leurs confrères d’Aulus, ne les transportent pas sur le dos. Ils chargent ces gros blocs sur des mulets qui descendent jusqu’à Tarascon. Huit rouliers et vingt-quatre attelages les acheminent ensuite sur la grand ’route pour Toulouse, ce qui prend environ deux nuits et un jour. On peut supposer que le convoi se mettait à l’ombre aux heures les plus chaudes de la journée. Un tiers de la glace avait fondu à l’arrivée mais il en restait suffisamment pour alimenter les cafés toulousains et pour en envoyer une partie par bateau jusqu’à Bordeaux.