Remembransa
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La bibliothèque des Archives départementales de l’Ariège renferme des ouvrages en langue d’oc (en occitan), publiés, pour l’essentiel aux XIXe et XXe siècles, qui regroupent des transcriptions de textes médiévaux ou modernes, des recueils de poésie, des pièces de théâtre, des romans ou encore des essais.
L’un de ces ouvrages, un petit fascicule à la couverture rose fané, d’à peine 21 pages, intitulé Remembransa, comprend deux poèmes, l’un en vers, l’autre en prose, avec, en regard, leur traduction en français. Les deux textes sont des hommages à Joan Castela, poète (trobaire) tarn-et-garonnais, dont les rimes provoquèrent antan l’essor du petit grillon des bois à cette heure grandi, qui, se souvenant toujours de toi, son initiateur poétique, élève sa chanson dans l’ancestral campestre. Le grillon dont il est question n’est autre que l’un des grands écrivains en langue d’oc de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle, également tarn-et-garonnais : Antonin Perbosc.
Autre particularité de cet opuscule : sa dédicace adressée à Prosper Estieu, son grand ami. Les deux hommes, tous deux instituteurs à leurs débuts, partagent un même attachement au petit peuple, à la nature – le campèstre – qui les environne, au pays, l’Occitanie, et surtout à la langue occitane.
Poètes, prosateurs, ils créent ou collaborent à différentes revues. Ils créent notamment, en 1896, la revue Mont-Segur “revisto mesadiero des Felibres del païs de Fouich e del Lauragues“. Mainteneurs de la langue et de sa pratique, ils sont tous deux faits majoraux du Félibrige et concourent à l’élaboration des principes de la graphie contemporaine de l’occitan. Remembransa, publié en 1902, est, à cet égard, un jalon dans la réflexion d’Antonin Perbosc, puisque certains termes ont une graphie qu’il n’utilisera plus quelques années plus tard.
Souvenir
A Prosper Estieu
(traduction de Jean-Pierre Barès)
Il ne faut pas trop accorder au pouvoir des hasards :
Aussi bien, peut-être, tout seul j’aurais trouvé les clés
Du monde de pensée à tant [de gens] toujours fermé…
Les cognassiers produisent des coings, sauf malheurs.
J’ai suivi, depuis, des sentiers où les bergers
Ont fait paître des troupeaux à la plus riche et belle toison,
En levant leur regard, à travers la lumière et l’éclair,
Vers de plus hauts sommets, vers de plus brillants astres.
Sur le grand chemin royal où, jusqu’à la faute,
Nous alerterons, en frères, de strophes mémorables,
Trouvant avec l’espoir bleu d’aubes à l’horizon.
Puissent nos chansons aux sanglots exaltants,
Sur le sol de la patrie, trouver au vent vagabond,
Un terrain fertile où elles germeront.
Antonin Perbosc, Comberouger (82), 17/1/1902